Oxymore: Internet bienveillant

Posté le 1 Juillet 2020 · 11 minutes de lecture

Oxymore: Figure de style réunissant deux termes antinomiques (opposés, de sens contraire).

Aujourd’hui, j’ai 28 ans. Vingt-huit années de vie à observer les personnes autour de moi et plus de la moitié sur Internet. Quand j’ai commencé à « surfer » sur les réseaux, j’avais environ 12 ans.

Facebook n’existait pas, Twitter non plus et encore moins Instagram. Les “gros” réseaux qu’on pouvait trouver dans la francophonie étaient surtout MySpace et Skyrock. Pourquoi cet article ? Parce que j’ai des choses à dire, des pensées et des opinions que je ne partage que trop peu publiquement. Des opinions que beaucoup partagent, malheureusement, sur l’état d’Internet en 2020. Promis, à la fin de l’article, tu pourras écrire « Ok boomer » en commentaire mais essaie d’être plus constructif·ve quand même, s’il te plait.

Facebook a dépassé le milliard d’utilsiateur·ice·s actif·ve·s quotidiennement depuis 5 ans, Twitter est au top, Instagram se fait laminer par TikTok. Et sur chacun de ces réseaux, il y a des personnes qui ont des valeurs, des opinions, etc. Sauf que j’ai grandi dans un monde où on exprimait notre avis à de petits commités, à des petits groupes. Les avis extrêmes étaient parfois partagé par des petits groupes mais c’était impossible de créer des communautés comme on les voit maintenant.

À l’heure où j’écris ces lignes, J.K. Rolling s’est faites défoncée sur Twitter parce que c’est une TERF, le monde organise des manifestations Black Lives Matter, ça se clash parce que des personnes érigent Raoult comme Prophète de la Médecine, les femmes se font harcelés sur les réseaux, les personnes trans se font insulter et un gens suggère même de bombarder Bruxelles sous prétexte que la capitale Européenne soit le berceau du terrorisme sur le Vieux Continent. Et tellement d’autres choses que j’oublie…

Parfois, quand tu exprimes ton avis, tu tombes sur des pépites comme ceci:

Capture d'écran venant de Twitter d'une personne disant qu'une autre est dans le faux parce qu'elle a 16 followers

Les jeunes cherchent des followers par tous les moyens, les groupes d’extrêmes droites (et même de gauche) se gargarisent d’avoir des followers, les réseaux sociaux ne respectent pas les lois.

Et le comble: c’est presque la même chose sur la Fediverse. Certaines personnes ont peur de parler de certains sujets parce que d’autres leurs tombent dessus pour diverses raisons (sans que cela ne soit justifié, entre vous et moi).

Alors…

… quand est-ce qu’on a dépassé le point de non-retour ? Quand tes proches sur Facebook, des gens que tu respectais, tiennent des propos offensants ? De même sur Twitter. Chaque message que tu postes peut potentiellement blesser une autre personne. Et pour cette unique raison, il serait mieux de se la fermer.

Autre truc que je lis souvent, c’est:

Tu t’attendais à quoi sur Internet ?

Sincèrement ? De la bienveillance. Je suis naïve, on me le dit souvent. Mais de là à espérer un changement de mentalité, est-ce réellement démesuré ? Ma méthode de pensée est simple et vulgaire: « Je m’en bats les couilles de ce que tu es et de tes préférences tant que tu fais pas chier ».

Je ne comprends pas comment des personnes peuvent se mobiliser contre une minorité qui ne demande qu’à vivre dignement, sans avoir peur pour sa vie, littéralement. Qu’un groupe religieux s’insurge contre une minorité ou une directement une personne parce que, selon elles, elle baffoue le livre sacré. Chacun sa confession et son interprétation de son livre sacré, si iel en a un.

Des groupes d’extrêmes droites qui font de la publicité impunément, hainant toutes les personnes qui ne sont pas dans leurs normes. Tu n’es pas d’origine française ? Retourne dans ton pays. Tu es pro-IVG ? Tu n’es pas chrétien. Tu es gay et tu te dis musulman ? Allah te jugera. Tu es pour l’euthanasie ? Meurtrier !

Les groupes d’extrêmes droites, les transphobes, les homophobes, les racistes, bref, toutes les personnes qui ont quelque chose contre un autre groupe de personnes, c’est quoi votre problème ? Votre kiff c’est de vous faire mousser entre potes pour avoir l’illusion d’exister dans la haine ? Soyons honnêtes deux secondes: les termes « transphobes », « homophobes », « islamophobe » et tous les autres *phobes ne sont pas correctes. Le suffixe phobe veut dire peur. Tu as peur de quoi ? Tu n’as pas peur. Tu es juste un haineux parmi tant d’autres.

Malheureusemnet, il en est de même de la majorité silencieuse, dont je fais parfois partie. Quand vous voyez une personne tenir de tels propos, ouvrez votre gueule. Donnez leur tord, montrez leur qu’il faut se déconstruire pour établir une société meilleure et plus tolérante. Ne passez plus à côté de votre pote qui dit que les réfugiés devraient rentré chez eux. Que l’Europe est née pour établir un temps de paix, pas un temps de haine entre deux guerres.

J’ai grandi en partie sans Internet et en grande partie sans les réseaux sociaux et avant, il n’y personne pour exprimer son avis à grande échelle. Aujourd’hui, il y a des personnes pour crier qu’un groupe de personnes ne devrait pas exister ou juste insulter une personne dans ce groupe, sans prétexte; c’est arrivé à une personne que je suis sur Twitter et cela me désole. Selon vous, on a pas le droit d’exister, on a pas le droit de vivre. Alors on revendique un peu plus parce que nos droits reculent partout, que ça soit pour les personnes racisées, marginalisées et tant d’autres.

En vérité, je déteste l’Internet d’aujourd’hui, l’Internet où j’avais peur de poster une photo de ma tête, où je vois de magnifiques personnes se faire insulter pace qu’iels postent des photos, des groupes d’extrême droite gueuler à l’expulsion des réfugié·e·s, de dire ce que je suis. Je ne partage que peu mon opinion, mais en voici un bout: Internet à un potentiel exceptionnel. C’est la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie, où on peut tout apprendre, tout savoir et tout connaître. Malheureusement, certaines personnes l’utilsient pour chacher leur haine plutôt que d’aider des minorités, des personnes invisibilisées. Plutôt que d’aider dans les luttes, pourquoi tu fais juste péter ta gueule contre des personnes qui, humblement, ne demande… qu’à vivre ?

On aimerait pouvoir utiliser les réseaux comme bon nous semble. Ne pas avoir peur de qui nous sommes mais aussi de ce que nous sommes. Quand Bilal Hassani est devenu visible, c’est devenu l’enfer. Une shitstorm incroyable sur le fait qu’il soit maghrébin et homosexuel. En 2019. Il y a des gens qui souhaitent l’arrêt de l’IVG, qui luttent activement contre l’euthanasie, contre les minorités et les avancement sociétaux qui sont faits.

Il serait peut-être temps de mettre un terme à tout ça. De ne plus tolérer l’intolérence, ne plus faire semblant, ne plus être silencieux·se. Signaler en masse sur les réseaux, mettre un terme aux relations toxiques que nous pouvons avoir sur Facebook ou balancer tout ça sur Pharos, par exemple.

Tout cela est purement et simblement inacceptable. Internet est un joyau qui nous a été offert sur un plateau d’argent et nous l’avons saccagé la haine ou l’inaction.

Je vais terminer par un paradoxe: celui de la tolérance, écrit par Karl Popper dans « La Société ouverte et ses ennemis ». Il résume à lui seul ma pensée, mon amertume sur ce qu’est devenu Internet mais aussi la peur que je ressens quand je souhaite parler de quelque chose. Peur de parler parce que ça pourrait se retourner contre moi comme ça se retourne sur d’autres. Et je remercie les personnes qui prennent la parole, parce que ce n’est pas avec des gens qui se cachent derrière un blog comme moi que les choses vont avancer. Je ne suis qu’un blog. Que du texte. Mais derrière chaque texte se trouvent des humains avec des sensibilité et une expérience. Chaque bout de texte que nous écrivons est potentiellement dangereux pour une autre personne et un texte peut mener à des carnages humanitaires.

Moins connu est le paradoxe de la tolérance : la tolérance illimitée doit mener à la disparition de la tolérance. Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l’impact de l’intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui. Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut toujours revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et […] ne répondent aux arguments que par la violence. Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Il faudrait alors considérer que tout mouvement prêchant l’intolérance se place hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre […]. »




Psst! Si tu as aimé l'article, n'hésite pas à me laisser un petit commentaire. 🤗