Softskills et différences comportementales

« Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade. »

Posté le 15 Janvier 2020 · 11 minutes de lecture

TLDR; Meh.

Lors de mon cursus en informatique de gestion, on nous parlait des softskills. Qu’ils étaient importants voir même indispensables. Globalement, voici les quelques softskills dont nous avions parlés en cours:

  • Les langues (anglais, français,…)
  • Le langage corporel
  • Le travail d’équipe
  • Savoir s’exprimer

J’ai commencé à travailler fin 2017. Une seule chose à dire: je n’étais pas prête.

Je te le dis d’avance au cas où le sujet te trigger: ça va causer d’inaptitudes sociales et neuro-atypie. Si jamais tu es open de lire des trucs à ce sujet, tu peux continuer. Sinon je t’envoie de gros bisous et j’espère que tu repasseras sur mon blog. On s’aime, ici. 💖

Prête à quoi ?

Techniquement, on a rarement eu des choses à me dire. J’ai toujours fait de mon mieux, je prends le temps qu’il faut (ça, c’est parfois problématique selon l’entreprise…). Les retours sur mon code ont toujours étés très positifs. J’essaie de me démerder quand je ne sais pas, je sais dire que j’ignore quelque chose, etc. C’est un peu la base; je n’ai pas d’égo.

Cependant, j’ai un gros problème: je suis socialement inapte. Ce que je veux dire par là, c’est que j’ai des difficultés à m’exprimer. J’ai toujours dit « peu importe ce que je suis, j’ai mes compétences derrières ». Sauf qu’aujourd’hui, peut-être plus que jamais, on parle de softskills partout, tout le temps. Parce que c’est le truc qui permet aux recruteurs qui ne savent pas faire la différence entre un Pokémon et un langage qui te diront d’abord si tu corresponds à l’entreprise… ou pas. 🤢

Selon le magazine Forbes, il y a quinze compétences douces à avoir:

  • La résolution des problèmes
  • La confiance
  • L’intelligence émotionnelle
  • L’empathie
  • La communication
  • La gestion du temps et du stress
  • La créativité
  • L’esprit d’entreprendre
  • L’audace
  • La motivation
  • Vision & visualisation
  • La présence
  • Le sens du collectif
  • La curiosité.

Et tout ça, pour certaines personnes, c’est beaucoup voir même trop. On parle aussi de compétences comportementales, transversales et humaines.

Pour ma part, j’ai toujours eu du mal à me concentrer. Une mouche qui vole et je me demande à quoi elle songe. Et je pars dans mes pensées instantanément. J’ai du mal à me concentrer, je ne peux faire qu’une seule chose à la fois. Je note tout ce que je dois faire sinon j’oublie. Donc la communication orale, on oublie pour ça.

La confiance, disons qu’elle n’a jamais été très présente. Quand le frère d’un CEO te fait du harcèlement sexuel au travail, qu’on te fait passer pour une grosse merde, t’en paie le prix. La confiance fluctue, elle n’est pas immuable dans le temps.

Différences

Sur mon lieu de travail actuel, c’est très bruyant, il y a beaucoup de personnes. Certaines personnes avec un caractère explosif. Ça gueule en plein milieu de l’openspace, ça tape sur le bureau parce que ça s’énerve, etc. Vous ai-je déjà dit que je suis hyper-sensible et hyper-émotive en plus d’un trouble de l’attention, comme je l’ai implicitement expliqué plus haut ?

L’hyper-sensibilité, dans mon cas, c’est une dépendance de mon environnement sur ma propre humeur. Ça veut dire que si je suis dans un environnement hostile, je vais devenir extrêmement méfiante. S’il est bonheur, ça va tout de suite mieux. Quant à l’hyper-émotivité, c’est tout ressentir de manière augmentée. Je suis triste ? Ne t’inquiètes pas, les larmes vont couler mais ce n’est pas grave. Quand je suis terrifée, je tape une énorme crise d’angoisse et on me perd pour la journée. Et quand on te demande d’être souriant·e, enjoué·e, etc, tu mets tout ça à l’intérieur et un jour, tu craques. Tu te mets à hurler en plein openspace, à pleurer toute la matinée parce que ça ne va pas. Donc on te fait rentrer chez toi parce que tu n’es pas “gérable”. Tu n’es pas bien et ça se ressent sur tout le monde.

Pour ma part, quand tout ça s’accumule, je deviens très anxieuse, au bord du pétage de plomb parce que je dois constamment m’adapter aux autres. Ma façon d’être et mon mode de pensée sont différents. Alors oui, souvent, ça va. Mais quand on te reproche d’être un tant soi peu différent·e…

Récemment, j’ai eu une grosse claque dans la gueule. On m’a repprochée beaucoup de choses. Tu veux un exemple ?

On doit prendre pincettes parce que les gens ne savent pas communiquer avec toi.

Alors oui, je demande souvent aux gens de parler moins fort, de parler plus doucement. Enfin, je suis à côté quoi.

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Pour communiquer avec moi il te faudra un petit temps d’adaptation (surtout si tu parles fort), ça ne fait pas de moi une personne avec qui il faut prendre des pincettes. On m’a reprochée que je craque trop facilement sous la pression. Oui, mais tu ne sembles pas connaître ni l’hyper-sensibilité ni l’hyper-émotivité. Quand je fais de la merde, on me le dit. Je n’ai jamais tué personne (peut-être dans mon sommeil ?). Je n’ai jamais gueulé sur quelqu’un parce qu’iel est trop invasif·ve, qu’iel parle trop fort. Je lui demande de parler plus doucement et roulez jeunesse.

Adaptation

Il n’y a pase vraiment de conclusion possible. Chacun vis son hyper-sensibilité et/ou son hyper-émotivité à sa manière. On m’a dit « va faire du sport », j’ai essayé. Mes jambes sont plus niquées que jamais, j’ai souvent du mal à marcher. On me dit de ralentir, oui mais… non. Comment tu veux ralentir dans un domaine où il y a une énorme compétition entre individus (les développeur·euse·s), les délais littéralement intenables d’un projet, etc ?

Si tu es quelqu’un de bien, tu évites de juger les gen·te·s sur ce qu’iels sont. Handicapé·e·s physiques, mentales, tu ne te permets pas de les conseiller sur quoi faire, etc. Si c’est invisible, tu peux juste te taire. J’ai déjà écris un article à ce sujet l’année passée. Mais dans le cas d’une personne neuro-atypique, il se passe quoi ?

Et bien… en général, iels ne le savent pas. Ça peut juste se ressentir. Mon “moi” est ma normalité. Il y a des comportements que je ne comprends pas pour la simple et bonne raison que ça n’a jamais été dans ma normalité. Du coup, on demande des choses aux neuro-atypiques sur lesquels il ne nous est presque impossible de faire le moindre changement. Ou alors, ça coûte très cher en énergie. La mienne, je préfère la garder pour les tickets et maon chéri.

C’est là que ça coince; quelqu’un qui pense comme la majorité ne peut pas comprendre la différence de comportement. Donc ça reproche, ça bloque, ça pleure et ça dégage. Que veux-tu faire de plus pour des personnes qui ne peuvent même pas te comprendre, des personnes qui, pourtant, savent ? Bizarrement, il me semble que c’est aussi un softskill: l’empathie. 🙄

Pire encore; quand l’entreprise campe sur ses positions comme Kevin, 15 ans à l’AWP sur Counter Strike, refuse de faire en sorte que ça soit plus agréable pour toi, parce qu’iels savent très bien qu’être présent·e te fatigue, parce que chez toi tu peux travailler tranquillement, dans le calme, sans faire semblant d’être comme les autres, tu gagnes en énergie, en productivité. Pour ma part, j’ai toujours mieux fait mon travail depuis mon propre bureau. Casque à musique ou anti-bruit, juste mon IDE et mon clavier. Pas de passages, pas de personnes qui causent dans l’openspace, tu te dis qu’il y a un souci d’adaptation, qu’au fond c’est toi le problème, que tu n’es pas normal·e.

Je te rassure; tu es normal·e. Si tu es comme moi, tu as ta propre normalité et personne ne peut te dire le contraire. Chacun·e est comme iel est, c’est tout. Et si tu veux, je loue des pelles 50 centimes par heure. 😉

Pour ma part, j’ai toujours été transparente à ce sujet. Ce n’est même pas des excuses, c’est juste que… c’est comme ça. Faut t’y faire. C’est pas avec deux ou trois formations sur les softskills que ça va aller mieux. C’est ancré au plus profond de nous. C’est. Nous.

Je te laisse faire ta propre conclusion. Je veux juste ouvrir une réflexion dans ton cerveau sur la manière d’agir et de communiquer avec les personnes qui vous semblent différent·e·s. Il y a des gens qui se comportent comme d’autres, comme la majorité. D’autres font partie d’une minorité, qui ont des neuro-atypies comme les dys*, les hyper*, etc. Il y en a beaucoup d’autres. Je ne suis pas experte, tu peux faire des recherches si tu veux.

Mon ressenti sur tout ça ? Mon rappeur préféré, Scylla, a fait une musique avec Lonepsi qui correspond tout juste à ce que je ressens le ¾ du temps.




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